La solitude, çà n'existe pas..... c'est ce que chantait il y a quelques années Gilbert Bécaud.

"la solitude, çà n'existe pas...
Peut-être encore pour quelques loups,
Quelques malheureux sangliers,
Quelques baladins, quelques fous,
Quelques poètes démodés.
Y a toujours quelqu'un pour quelqu'un,
Y a toujours une société..."

Et pourtant !

J'ai été bouleversée en entendant à la radio hier qu'on avait retrouvé un septuagénaire mort chez lui, sans doute depuis le 15 octobre. C'est le facteur qui s'est inquiété début janvier en constatant que la boite à lettres débordait....

Mais enfin, comment peut-on ainsi disparaitre sans que personne ne s'en aperçoive? même en vivant seul.... il n'y a donc pas d'enfant, zéro famille, pas d'amis, pas de voisins, personne qui téléphone ?quelqu'un devait bien voir ce monsieur de temps en temps. Il devait bien aller quelques fois à la poste, chercher du pain, peut-être boire un coup, au moins faire quelques pas dans le village ou dans sa rue...

Mais la machine a remplacé l'homme. Les pensions de retraite ne sont plus portées sous forme de mandat par le facteur mais font l'objet d'un virement automatique.  l'EDF, le téléphone, prélèvements automatique ! les factures ne sont pas payées, relances automatiques ! Et quelle machine pourrait constater qu'un compte bancaire n'a pas bougé depuis 3 mois, pas le moindre chèque,  pas même un petit retrait de 10 € ?

Lorsque j'étais jeune - oui je sais çà fait un peu ancien combattant et pourtant - quand j'étais jeune disais-je ma grand mère vivait dans un petit village aveyronnais. Elle allait à la messe tous les dimanches matin : par croyance un peu, par habitude beaucoup, et puis peut-être aussi parce que les distractions étaient rares, et que c'était l'occasion de voir celles et ceux qu'on ne voyait pas tous les jours.

Et je me souviens de ses retours à la maison "Mme Untel n'était pas à la messe. Il faudrait pas qu'elle soit malade" Et commençait alors "radio voisin". On demandait à Mme X qui demandait à Mme Y... et on demandait aussi au boulanger qui passait de maison en maison avec sa camionnette s'il avait vu Mme Untel.  Et il y avait toujours quelqu'un qui finissait par aller "faire visite" pour s'assurer que tout allait normalement.

J'ai souvent souri de cette habitude, et je reconnais que je me suis même souvent moquée de ce que je prenais alors pour de la curiosité. C'en était peut-être mais c'était aussi une attention à l'autre et je suis persuadée que jamais dans ce village, comme dans beaucoup d'autres heureusement quelqu'un aurait ainsi pu mourir, oublié de tous, dans une indifférence qui fait froid dans le dos.

On ne connait pas toujours bien ses voisins, on ne peut passer son temps à espionner tout le monde mais il suffirait peut-être juste d'un peu d'attention au vieux monsieur ou à la vieille dame qui vit seul près de chez soi pour éviter ces drames de l'oubli.  C'est trop triste une vie qui s'achève dans une telle solitude.

"la solitude çà n'existe pas" Et bien si, M. Bécaud, force est de constater que çà existe, et que c'est bien triste.

grille