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Je vous l'ai promis hier, aujourd'hui nous allons parler fil et tissu.

J'ai failli commencer cet article en disant que nous allions parler chiffon, mais le terme ne serait vraiment pas adapté à mes propos.

Car ce n'est pas de chiffon que je veux parler, mais de linge basque ; pas de tissu fabriqué au kilomètre à TaIwan ou au Pakistan par des employés qui travaillent dix heures par jour pour des salaires de misère, mais de beau linge fabriqué chez nous, en France, à partir de coton d'Egypte.

En fouillant dans les nombreux tracts et autres dépliants accumulés au fil du temps par les différents occupants de la maison que nous avions louée, j'ai découvert un petit papier relatif à un atelier de tissage que l'on pouvait visiter.

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La passionnée d'arts de fil ne pouvait imaginer quitter le Pays Basque sans une visite chez Ona Tiss et "mes hommes" (M. Quaquie et Alexis) non seulement n'ont pas rechigné à m'y accompagnée mais ont beaucoup apprécié la visite.

Dès l'entrée nous nous trouvons devant cette grosse machine qui enroule côte à côte les fils qui constitueront la chaîne de la future toile

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Cette machine est ancienne et apparemment là depuis la création de l'atelier en 1948 car nous sommes ici dans une entreprise familiale, créée par "le grand-père", reprise par son fils et dirigée depuis une quinzaine d'années par la petite fille "Mayalen". Quel joli prénom !

Nous voici maintenant devant la machine qui réalise -selon le principe des orgues de barbarie- des cartes perforées pour créer les différents motifs.

Plus près de nous, c'est ce système de carte perforée qui est utilisée par des machines à tricoter et peut-être même par des machines à broder.

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certaines de ces cartes ont des dimensions assez impressionnantes.

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Les fils de chaîne sont ensuite installés côte à côte sur les métiers à tisser pour obtenir la dimension désirée pour le tissu fini : 1,60m pour les nappes,50 cm pour les serviettes. Il y a même une machine réglée sur 25 cm pour réaliser de la toile pour les espadrilles, autre célèbre spécialité basque.

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Chaque fil de chaîne est enfilé sur une sortie de petit crochet, comme un chas d'aiguille. Cette opération est réalisée manuellement et demande, pour une largeur de nappe, une semaine de travail pour deux ouvrières.

Des navettes enfilées avec le fil de trame relieront ensuite ces fils pour constituer la toile.

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J'ai déjà eu l'occasion de voir fonctionner des métiers à tisser, notamment lors de la fête du fil à Labastide-Rouairoux ou d'anciens ouvriers mettent les machines en marche........ au musée du textile ! 

Ici, il ne s'agit pas de démonstration, mais d'un vrai travail.

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Sur cette machine, trois largeurs de toile sont tissées en même temps pour réaliser des serviettes de table

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et j'ai craqué sur ce motif, que je trouve magnifique.

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A propos de motif, j'ai toujours cru que les trois couleurs blanc, rouge et vert que l'on retrouve souvent sur le linge basque étaient les couleurs traditionnelles.

Et bien il m'a fallu venir ici pour apprendre que je me trompais : à l'origine le linge basque était bleu, parce que c'était la couleur la plus facile à obtenir, à partir du pastel.

Les trois couleurs vert, blanc, rouge sont les couleurs du drapeau basque qui n'a que 120 ans.

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Ce qui est traditionnel par contre, ce sont les rayures : toujours 7, pour symboliser les sept provinces qui constituent le Pays Basque.

Les rayures peuvent être monochromes ou déclinées en deux ou trois couleurs, mais elles sont toujours 7.

Après le tissage, la toile est confiée aux coupeuses (2) pour être découpée aux formats nécessaires.

Les pièces sont coupées individuellement, non pas au ciseau électrique mais au ciseau, après avoir tiré un fil. Comme à la maison en quelque sorte mais sans doute à une autre vitesse.

Enfin les pièces sont prises en charge par les couturières qui réaliseront les ourlets du linge ou les coutures des tabliers. Des finitions tout simplement parfaites.

La toile est devenue nappe, serviette de table, chemin de table, rideau, torchon, tablier ou linge de toilette.

Les rayures voisinent avec des motifs plus modernes, le "pur coton" traditionnel avec du tissu gaufré...

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Si je n'avais pas déjà  mes armoires et placards trop pleins, j'aurais volontiers craquer sur beaucoup de choses.

Mais il faut parfois savoir être raisonnable...

Je me suis quand même laissée tentée par de jolies serviettes de table, après beaucoup d'hésitation car elles étaient toutes plus belles les unes que les autres

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J'ai opté pour les rayures et vous remarquerez, comme je vous l'ai dit plus haut, que quelles que soient les couleurs, les 7 rayures sont toujours alignées.

J'ai aussi trouvé mon bonheur dans "les chutes" qui me permettent d'avoir un bel assortiment de coloris

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Compte tenu de leurs dimensions certaines deviendront elles-mêmes serviette de table avec un petit ourlet et quelques centimètres de moins que la dimension prévue, d'autres feront des dos de coussins ou de coussinets.....ou des petites surprise pour des copinettes.

J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à cette visite : l'accueil y était très agréable et c'est un réel plaisir que de découvrir des entreprises qui font un travail d'une telle qualité.

Une petite entreprise discrète, qui compte à peine une dizaine de salariés, dans un village du Pays Basque dont vous n'avez sans doute jamais entendu parler, mais qui a su retenir l'attention de clients exigeants puisque l'entreprise s'ouvre sur l'exportation, en particulier au Japon, les Japonais étant sensibles au savoir-faire et à la qualité des produits finis.

Il est important que ces entreprises perdurent et que ce savoir-faire se transmette et ne quitte pas notre pays pour être copié n'importe comment dans des pays où l'intérêt prime sur la qualité.

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