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La France est en colère.

Le ras le bol qu'on exprimait discrètement a gagné du terrain et s'exprime aujourd'hui publiquement.

Cette colère, on l'a sentie arriver, enfler...

Mais ceux qui auraient dû l'entendre ne l'ont pas entendue, ils sont trop hauts, trop loin du terrain, déconnectés de la réalité.

Il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Alors puisqu'on n'a pas entendu les remous, aujourd'hui, 17 novembre, il va y avoir du bruit !

Du bruit, des blocages, des manifestations, pour dire que trop c'est trop, que la France souffre. Enfin, disons plutôt que certains Français souffrent, car pour d'autres, l'époque n'a jamais été aussi rose.

Les raisons de la colère, ce n'est pas comme on essaie de nous le faire croire, le prix du carburant. Non, çà c'est plutôt le déclencheur, sans doute la goutte d'eau (ou de gasoil) qui a fait déborder le vase.

La colère, ce sont les 5 € qu'on a injustement prélevés sur les APL des plus modestes.

5 € ! Qu'est ce que c'est que 5 € pour ces 577 députés qui touchent plus de 5 700 € par mois ? un pourboire ?

Mais quant on touche le RSA, 5 €, c'est de l'argent.

Bénévole à la Croix-Rouge depuis de nombreuses années, j'en ai entendu des gens dirent qu'ils ne sont pas allés, ou ne pourront pas aller chercher l'aide alimentaire à laquelle ils ont droit parce qu'ils n'ont pas un euro pour prendre le bus...

5 €, pour un étudiant boursier, qui doit se loger à un prix souvent exorbitant, et à qui il reste souvent moins de 80 € pour se nourrir tout le mois , c'est un paquet de pates et six oeufs ou trois tranches de jambon.... de quoi faire 3 repas !

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La colère, c'est la refonte, pour ne pas dire la casse du code du travail.

La colère, c'est la limitation de vitesse à 80 km/h qui pour beaucoup n'est qu'un nouveau moyen de sanctionner financièrement les automobilistes.

La colère, c'est la diminution des effectifs de fonctionnaires, leur remplacement par des contrats précaires.

Ce sont les augmentations que l'on supporte chaque jour : les produits alimentaires, les assurances, les tarifs postaux, le forfait hospitalier, le tabac, les péages, le gaz, le fioul qui va encore augmenter la précarité énergétique. Et les hausses de tarif annoncés sur les frais bancaires, les mutuelles...

La colère, c'est le nouveau contrôle technique qui va coûter plus cher et privera beaucoup d'usagers de leur véhicule, qui "ne passera plus", que pour des raisons financières on ne pourra pas toujours mettre aux normes.

La colère, c'est la hausse de la CSG et son incidence sur les retraites.

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Des retraités qui se sentent humiliés, considérés comme des parasites parce qu'ils ne sont pas actifs.

Et pourtant, actifs ils l'ont été, et souvent bien plus durement que les salariés actuels, avec des semaines de 40 heures, des tâches plus difficiles car moins mécanisées. Avec moins de périodes de chômage puisque le taux de chômage des années 60, 70 était inférieur à 5 %.

Car il y avait du travail, le plein emploi oui. ! Les usines tournaient jour et nuit avant que pour faire davantage de fric on délocalise l'activité dans les pays de l'Est ou l'Asie. On allait à la banque ou dans les services publics avant de faire toutes ses démarches par Internet, on allait chercher ses timbres à la poste avant de les prendre dans un distributeur, il y avait des salariés dans les cabines d'autoroute et on servait l'essence à la pompe.

Les retraités d'aujourd'hui sont les salariés d'hier et il ne faudrait pas oublier que les salariés d'aujourd'hui seront les retraités de demain. Des retraités qui risquent d'être plus à plaindre encore que ceux d'aujourd'hui. Mais à qui ou à quoi la faute ?

La colère c'est aussi les comportements de ceux qui ont été élus, qui vivent aujourd'hui dans un autre monde, leur attitude dédaigneuse et méprisante.

C'est tout çà qui va s'exprimer aujourd'hui avec pour symbole ce gilet jaune qu'on voit affiché devant les pare-brise depuis plusieurs jours déjà.

"Les gilets jaunes" ce n'est pas un parti politique, c'est la colère de "gaulois" qui en ont assez de la dégradation de leurs conditions de vie.

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Hier j'ai entendu notre ancien président de la République dire "tous les gouvernements ont connu la colère du peuple. Il faut l'entendre et lui offrir un débouché"

J'espère sincèrement que cette colère sera entendue et qu'on lui offrira un débouché, pas des promesses qu'on tiendra peut-être en 2021, pas de nouveaux emplâtres sur des jambes de bois, mais de vraies solutions.

Or aujourd'hui, quelles sont les réponses de nos dirigeants à cette colère ? des menaces.... les manifestations ne sont pas déclarées en Préfecture.... on risque a prison. ll est interdit de bloquer la circulation..... prison ! 

Des attitudes qui ne peuvent qu'ajouter de la colère à la colère. Et la colère est mauvaise conseillère.

On ne peut bien sûr pas comparer nos conditions de vie avec celles du 18ème siècle, mais c'est la colère qui a amené le peuple, "les gueux" à prendre la Bastille en 1789. Et cette même colère qui a fait guillotiner Louis XVI et Marie Antoinette.

C'est la colère qui a amené Mai 68.... il y a 50 ans !

Et plus près de nous dans le temps, et à seulement deux heures d'avion, c'est la colère du peuple qui a amené la révolution en Roumanie, et c'est la colère du peuple qui a jugé et exécuté le couple présidentiel.

Comme une grande majorité je comprends et soutiens ce mouvement populaire mais j'espère de tout coeur qu'on maîtrisera cette colère, qu'il n'y aura pas de débordements fâcheux, de casse inutile et surtout pas de victimes de violence.

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