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C'était jeudi la sortie annuelle du club.

Habituellement, ces sorties marquent un peu la fin de l'année mais pas cette année.

Pourtant à bien y regarder, entre les vacances de Pâques qui commencent, les jours fériés du mois de mai, le mois de juin et les vacances seront vite là, bien trop vite...

Pour cette sortie, pas d'expo, pas de salon, aucun lien avec le fil sous quelque forme que ce soit, mais une sortie culturelle, à la rencontre de Pierre-Paul Riquet, le génial concepteur du canal du midi.

Le canal du midi, tout le monde connaît, surtout quand on vit dans le sud et qu'on a l'occasion de le voir ici ou là au gré de nos balades.

Paul Riquet, on connaît en général son nom. Mais que sait-on réellement sur lui, sur son oeuvre ?

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La meilleure façon de le découvrir est sûrement d'aller visiter son domaine, à Bonrepos-Riquet.

Rendez-vous donc, avec les copines de club, dans la salle municipale où certaines font, le soir, les activités périscolaires.

Comme toujours, l'organisation est parfaite et nous sommes accueillis avec café et petits gâteaux. Et ces messieurs sont nettement plus nombreux que le jeudi au club ou lorsque nous allons visiter une expo....

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Cette année, pour la première fois, nous avons voyagé en car, une très bonne idée qui nous permet d'être tous ensemble plutôt que dans 5 ou 6 voitures différentes.

Une heure environ de trajet que je n'ai pas vu passer, tellement occupée à papoter, pour arriver à Bonrepos-Riquet.

Bonrepos-Riquet, c'est le nom réel de la commune où se trouve le domaine.

A l'origine le village portait le doux nom de Bonrepos, mais comme il y avait deux ou trois communes qui portaient ce nom, en 1921, la commune prend officiellement le nom de Bonrepos-Riquet, rendant ainsi hommage à son plus célèbre habitant.

Et nous voici devant la grille du domaine

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Un homme en costume vient nous accueillir, certaines l'ont pris pour un moine.

Mais que viendrait faire ici un moine ? le domaine n'a rien de religieux.

Et puis j'avais immédiatement repéré les chaussures à grosse boucle dorée et je n'ai jamais vu de telles chaussures aux pieds des curés que j'ai eu l'occasion de rencontrer lol

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Le guide, car bien sûr c'en était un, passionné et passionnant, nous explique que ce domaine a été acheté par P.P. Riquet alors qu'il avait 43 ans, ce qui, au XVIIè siècle, était déjà un âge très avancé, et qu'il a appartenu à la famille Riquet pendant 6 générations.

En achetant ce domaine, qui faisait à l'origine 130 hectares (mais n'en fait plus que 28), P.P. Riquet espérait retrouver un titre de noblesse que ces ancêtres avaient perdu en travaillant. On ne pouvait pas à la fois travailler et être noble...

A l'origine, le domaine était un château défensif et si les ailes fermant la cour ont disparu, on voit encore l'emplacement du pont levis et les douves, qui n'ont en réalité jamais contenu d'eau

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Ce château, acheté par la commune en 2007 et très rapidement après classé monument historique est géré et restauré par une association qui compte environ 140 membres. Parmi eux, des gens des corps de métiers du bâtiment, des jardiniers..... et des couturières. Et les brodeuses, patcheuses et autres amoureuses de travaux manuels ne pouvaient passer sans admirer les costumes réalisés par les petites mains

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Vestibule, petit salon, salon d'apparat, nous allons de pièce en pièce dans ce domaine qui comptait à l"origine, sur 4 niveaux, une centaine de pièces.

Actuellement seuls sont ouvert à la visite le rez-de-chaussée et les cuisines que l'on verra plus tard au sous-sol. Les étages ont encore besoin d'être sécurisés et remis en état.

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Notre guide a récupéré son chapeau...

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... et tombé la cape qui cachait son costume.

C'est ici sans doute, dans cette pièce, que P.P. Riquet a écrit sa célèbre lettre à Colbert, le 15 novembre 1662.

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Il y a déjà 10 ans qu'il a acheté ce domaine ....

Quand il l'a acheté, Paul Riquet était riche. Il était "fermier des gabelles" pour le Languedoc, c'est lui qui récupérait pour le roi "la gabelle", l'impôt sur le sel.

Pour remplir cette mission, il devait parcourir tout le Languedoc.

Il n'a pu que constater l'état des routes, quand route il y a. Il est quasiment impossible de transporter les marchandises par la route. Et pour aller en bateau de l'océan à la méditerranée, il n'y a d'autre solution que de passer par le détroit de Gibraltar, et d'acquitter des droits au roi d'Espagne.

Naît alors cette idée d'un canal "des deux mers".

Pendant 4 ans, il ne s'occupe quasiment pas du confort de son domaine, uniquement de l'extérieur, creusant des bassins, construisant des chaussées.... il a d'ailleurs fait installer une briquetterie sur le domaine pour réponde à ses besoins.

Sans aucune formation à l'hydraulique, qui n'existe d'ailleurs pas, il réfléchit à ce projet de canal, fait des essais, vérifie régulièrement sur un bassin l'incidence des pluies et de l'évaporation de l'eau, pour obtenir un canal à hauteur quasi constante... Cette étude lui prendra 10 ans de sa vie.

Il met au point la partie technique, le montage financier et juridique.... reste la partie politique.

Il faut convaincre le roi Louis XIV, arrivé en 1661 au pouvoir.

Simple manant, sans titre de noblesse, il ne peut s'adresser directement au roi, d'où cette lettre à Colbert, argentier royal  présentant non seulement l'intérêt économique et politique de ce projet, mais également la preuve qu'il est matériellement réalisable.

A l'arrière, donnant sur le parc, la façade ressemble plus à une demeure bourgeoise qu'à un château défensif.

Cette partie a été aménagée par le petit-fils de Riquet, qui a beaucoup amélioré le domaine.

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Des explications, devant un groupe conquis et attentif

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Un peu plus loin, c'est l'orangerie, où on conservait l'hiver non seulement des orangers mais toutes les plantes en pots qui ornaient le parc à la belle saison.

Un très grand bâtiment de briquettes avec au nord une façade "borgne" pour protéger le bâtiment du froid

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La lumière et la chaleur viennent des ouvertures sur la façade sud.

Une incroyable surface, entièrement voûtée, restaurée par l'association et qui a vocation à devenir - un jour - une magnifique salle de réception. Un jour.... qu'on n'espère pas trop lointain.

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J'aime la perspective sur le domaine quand on quitte l'orangerie

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On terminera la visite du domaine par les cuisines, de grandes cuisines,bien conçues pour l'époque, mais situées au sous-sol, qui laissent imaginer le travail des serviteurs qui devaient servir à table..

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Dans cette cuisine, une reproduction du menu servi à l'Archevêque de Toulouse, "à souper, à 6h de l'après-midi".

Car avec le Roi et Colbert, qui tenait les finances du pays, il fallait aussi convaincre l'Archevêque, qui, compte tenu de l'importance du clergé dans la vie politique, représentait en quelque sorte le niveau régional de l'Etat.

Le financement du canal passait d'ailleurs par lui, puisqu'il s'agissait pour Riquet, d'un financement tri-partite : le trésor royal, le niveau régional avec l'Archevêché, et sa fortune personnelle qu'il investissait là.

Il est déjà tard, l'heure du repas a sonné et la faim se fait sentir, mais le menu nous semble néanmoins un peu riche

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La visite se poursuit par une petite balade à travers le bois du domaine pour découvrir la glacière de briques.

Les aliments n'étaient pas stockés ici, seulement de la neige et de la glace qui étaient ensuite remontées au domaine au fur et à mesure des besoins pour rafraîchir les aliments et les boissons

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Ici, un "morceau de canal", en quelque sorte une maquette en état de fonctionner.

Riquet a fait ses calculs relatifs aux pluies et à l'évaporation de l'eau sur un bassin voisin, il a construit une chaussée et creusé ce "canal" à niveau constant.

Ce travail lui a permis de prouver que c'était possible, mais aussi de faire des devis, de chiffrer le chantier : tant d'hommes et tant d'heures pour creuser, tant de femmes pour transporter les sacs..... il suffisait ensuite de faire les calculs et les règles de trois pour arriver à........... 240 km de canal ! ! ! des calculs qui avaient sans doute une certaine marge, et même une marge certaine d'imprécision.

Mais un dossier néanmoins suffisamment solide  et fiable pour que le canal ne reste pas à l'état de projet mais devienne ce canal du midi qui relie depuis plus de 3 siècles l'Atlantique et la Méditerrannée.

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Après cette passionnante visite, c'était bien sûr le repas en commun dans une auberge proche

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Et le retour à notre point de départ pour un groupe enchanté de sa journée.

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J'ai passé une excellente journée, passionnée par la vie de cet homme hors du commun, un homme d'une intelligence rare qui a su monter seul un projet ambitieux, tant sur le plan technique que financier et juridique.

Un visionnaire, qui ne s'est pas contenté de rêver.... et qui a retrouvé ses lettres de nobless, et aimait signer ses courriers "Pierre-Paul Riquet, baron de Bonrepos".

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Et je terminerai par ces mots de Vauban, qui était lui aussi un célèbre bâtisseur dont on connait tous les oeuvres, depuis les forts de Briançon à la Rochelle en passant par Toulon et Rochefort

« Je préférerai la gloire d’être l’auteur du canal des Deux Mers à tout ce que j’ai fait ou pourrai faire à l’avenir »

 

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