Un jour d'éclipse
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Depuis quelques jours elle occupe l'espace médiatique : l'éclipse solaire du 12 août, donc demain.
Ce sera la 1ère éclipse du siècle.
Mais vous souvenez vous de la dernière éclipse du siècle dernier ?
C'était il y a 27 ans, presque jour pour jour puisque c'était le 11 août 1999.
Ce jour-là, en fin d'après-midi, je faisais 35 photocopies d'une lettre que je reproduis ici
"Au revoir
En cette semaine d'août dont on parle tant, le soleil a rendez-vous avec la lune, et moi avec une nouvelle existence. Vous êtes peut-être encore en vacances, ou déjà rentrés de congé, avec plus ou moins de motivation pour reprendre le boulot.
A mon tour, je pars enfin, mais je ne rentrerai pas. J'ai volontairement choisi de partir pendant cette période de congé. Pour ne pas avoir à revenir après les vacances, mais aussi pour pouvoir "m'éclipser" discrètement.
Je ne souhaitais pas de "cérémonie officielle", du traditionnel cadeau de départ et du non moins traditionnel discours d'adieu prononcé lors des départs en retraite.
D'ailleurs je ne pars pas en retraite. "Retraite" cela vient de "retrait", retrait de la vie active. Ce n'est pas mon cas. J'ai librement choisi de partir, longuement mûri cette décision et attendu ce moment. J'ai envie de faire autre chose, rencontrer d'autres gens, peut-être acquérir d'autres connaissances, sans doute aussi m'investir dans d'autres causes et mener d'autres combats. Je pars pour vivre autrement.
Ma "carrière" elle a été ce qu'elle a été. Elle m'a apporté son lot de satisfaction et de déception. Je n'aurais pas aimé entendre C--- vous raconter à tous mon entrée dans l’administration, il y a 32 ans, les concours, les mutations... sans compter les qualités qu'on découvre chez ceux qui partent. Moi ma vie de fonctionnaire, je connais, et vous ça vous aurait sûrement barbés.
Le traditionnel cadeau souvenir, je n'en voulais pas non plus. J'ai fait mon travail, ni plus ni moins, en essayant toujours de le faire dans l'intérêt des agents, en pensant que je ne traitais pas des dossiers mais des individus. J'ai été rémunéré pour le faire, je n'aurais pas aimé voir circuler une enveloppe parmi mes collègues pour m'offrir... quoi ? je n'aurais pas su.
Et puis je me connais, je sais que je me laisse facilement gagner par l'émotion et que certains témoignages de sympathie m'auraient troublée. Je n'aurais pas aimé verser de larmes devant vous. J'ai souvent dit que je partirai sans aucun regret, que je ne regretterai personne mais ce n'est pas tout à fait vrai. Je laisse ici quelques sympathies, quelques personnes avec qui je garderai sans doute quelques relations... au moins téléphoniques... un certain temps. Mais ceux-là le savent.
Voilà pourquoi il n'y aura pas de pot de départ, pourquoi je vous écris cet au-revoir au lieu de vous le dire de vive voix.
Je vous embrasse et vous souhaite bonne route
Jacquie"
Ce courrier, le lendemain, le 12 août tous mes collègues le trouvaient dans leur case courrier.
Je m'étais éclipsée.
Il y a 27 ans aujourd'hui que je suis "retraitée"
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