Au revoir
Je suis bien consciente que ce titre peut prêter à confusion.
Pour quoi au-revoir ?
Elle repart en vacances ? elle a décidé d'arrêter son blog ?
Non, je ne repars malheureusement pas en vacances et je n'ai nullement l'intention d'arrêter mes petits bavardages.
Cet au revoir là, il a exactement 22 ans aujourd'hui et je l'ai retrouvé tout à fait par hasard, en triant de vieux papiers.
Fin 1998, après une année très particulière, je décidais, à la surprise générale (et au désarroi de mon directeur) de quitter l'administration et de prendre ma retraite.
J'ai choisi de partir en été, pendant la période de vacances, discrètement. Quand mes collègues me demandaient quand je partais, je répondais invariablement que "je m’éclipserai pendant l'été". Une seule, sur 35, a compris l'allusion.
J'ai quitté le service un soir après le départ de tout le monde, avec pour seule compagnie et donc pour seul témoin la jeune comptable à qui j'ai remis mes clés...
C'était le 11 août 1999, le jour de la dernière éclipse solaire du siècle.
Je voulais partir discrètement, mais pas sans saluer mes collègues. Alors juste avant de partir, mon dernier geste a été de mettre dans la case courrier de chaque agent ce petit mot.
"En cette semaine d’août dont on parle tant, le soleil a rendez-vous avec la lune, et moi avec une nouvelle existence. Vous êtes peut-être encore en vacances, ou déjà rentrés de congé, avec plus ou moins de motivation pour reprendre le boulot.
A mon tour, je pars enfin, mais je ne rentrerai pas. J'ai volontairement choisi de partir pendant cette période de congé. Pour ne pas avoir à revenir après les vacances mais aussi et surtout pour pouvoir "m'éclipser" discrètement..
Je ne souhaitais pas de "cérémonie officielle", du traditionnel cadeau de départ et du non moins traditionnel discours d'adieu prononcé lors des départs en retraite
D'ailleurs je ne pars pas en retraite. "Retraite" cela vient de "retrait", retrait de la vie active. Ce n'est pas mon cas. J'ai librement choisi de partir, longuement mûri cette décision et attendu ce moment. J'ai envie de faire autre chose, rencontrer d'autres gens, peut-être acquérir d'autres connaissances, sans doute aussi m'investir dans d'autres causes et mener d'autres combats. Je pars pour vivre autrement.
Ma "carrière", elle a été ce qu'elle a été. Elle m'a apporté son lot de satisfaction et de déception. Je n'aurais pas aimé entendre C--- vous raconter à tous mon entrée dans l'administration, il y a 32 ans, les concours, les mutations... Sans compter les qualités qu'on découvre chez ceux qui partent. Moi ma vie de fonctionnaire, je connais, et vous çà vous aurait sûrement barbés.
Le traditionnel cadeau souvenir, je n'en voulais pas non plus. J'ai fait mon travail, ni plus ni moins, en essayant toujours de le faire dans l'intérêt des agents, en pensant que je ne traitais pas seulement des dossiers mais des individus. J'ai été rémunérée pour le faire. Je n’aurais pas aimé voir circuler une enveloppe parmi mes collègues pour m'offrir.. .quoi ? je n'aurais pas su...
Et puis, je me connais, je sais que je me laisse facilement gagner par l'émotion et que certains témoignages de sympathie m'auraient troublée. Je n'aurais pas aimé verser de larmes devant vous. J'ai souvent dit que je partirai sans regret, que ne ne regretterai personne mais ce n'est pas tout à fait vrai. Je laisse ici quelques sympathies, quelques personnes avec qui je garderai sans doute quelques relations.... au moins téléphoniques... un certain temps. Mais ceux-là le savent.
Voilà pourquoi il n'y aura pas de pot de départ, pourquoi je vous écris cet au-revoir au lieu de vous le dire de vive voix
Je vous embrasse toutes et tous et vous souhaite bonne route.
Jacquie"
Un mois plus tard, j'organisais une grande fête, à laquelle étaient conviés, outre ma famille et mes amis, quelques collègues librement choisis.
Ce jour là, je fêtais mes 50 ans, nos 30 ans de mariage et mon départ en retraite.
