La villa Arnaga
C'est effectivement à la villa Arnaga à Cambo les Bains que je vous emmène aujourd'hui. Tout autour de Cambo, des panneaux nous indiquent cette direction "Arnaga".
Après avoir cheminé pendant quelques centaines de mètres dans des allées bordées d'hortensiass entre des chênes séculaires, on arrive sur une esplanade, un magnifique jardin à la Française. On voit d'abord la pergola, les jets d'eau...
puis la perspective du magnifique jardin, encore somptueusement fleuri en cette saison tardive
Au bout de l'allée "LA" villa, dans un style résolument basque : pentes de toit inégales, colombages et boiseries "sang de boeuf"
Mais qui a bien pu vivre ici ? non Doris, ce n'est pas la maison de Georges Guétary, mais celle d'Edmond Rostand !
Edmond Rostand, venu à Cambo les Bains soigner une pleurésie fera construire cette maison avec les droits d'auteur de Cyrano de Bergerac qui connaît alors un immense succès. Une maison de 40 pièces, 1600 mètres carrés, sur un domaine de 17 hectares, qui n'en fait "plus que" 11 aujourd'hui. Cette maison a bien sûr été conçue par un architecte, mais il semblerait que le véritable architecte ce soit le poète lui-même, attentif aux moindres détails.
La demeure est construite comme un décor de théâtre et on s'imagine facilement E. Rostand se mettant lui-même en scène, en particulier dans le salon de réception, conçu comme un véritable décor, avec un balcon dominant toute la pièce
Le confort de cette immense bâtisse est surprenant pour une maison construite au tout début du 20ème siècle. L'auteur a fait édifier une centrale hydraulique qui a nécessité de creuser 20 km de tranchées pour alimenter la maison en électricité et l'on est surpris de découvrir un moulin à café électrique et un adoucisseur d' eau dans l'office, tout comme un chauffage électrique et une prise de courant dans la salle à manger.
Je n'ai pas vu d'interdiction de photographier, je n'ai pas non plus entendu de consigne particulière, mais à voir tous les appareils photos du groupe de touristes au repos, je pense que les photos n'étaient pas les bienvenues. En traînant un peu à l'arrière du groupe, j'en ai quand même "volé" trois ou quatre.
Le superbe salon de réception où trône un piano offert à Edmond Rostand par Massenet
Dans ce salon, les portraits des membres de la famille, son épouse Rosemonde Gérard, et ses deux enfants : Jean, le célèbre biologiste, et Maurice lui aussi poète et romancier. Dans la vitrine au coin du salon, que l'on aperçoit au-dessus du piano et devant le portrait de Rosemonde, le César obtenu par Gérard Depardieu pour son rôle dan Cyrano, offert à la ville de Cambo
Trop pressée, j'ai raté la photo du bureau d'Edmond Rostand et celle de la bibliothèque, ne gardant au passage que celles de quelques uns de ses livres, bien à l'abri dans une bibliothèque grillagée. Il semblerait que de milliers d'ouvrages aient disparu.... Je n'ai par contre pas résisté à photographier la chambre de l'épouse de Rostand : Rosemonde Gérard. Elle était aussi poétesse mais a choisi de s'effacer devant la gloire de son époux. Elle ne laissera qu'un magnifique poème "lorsque nous serons vieux" dont tout le monde connaît au moins le "plus qu'hier moins que demain"
"Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
et que mes cheveux blonds seront des cheveux blancs....
......
.... C'est vrai nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge
mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
car vois tu chaque jour je t'aime davantage
aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.
Rosemonde Gérard ne vivra pas longtemps à Arnaga. Après le succès de Cyrano de Bergerac, celui de l'Aiglon, il y aura Chantecler. Ce sera aussi un succès populaire mais la presse et la critique, comme souvent, brûleront ce qu'elles ont adoré et éreinteront l'auteur. Il sombrera alors dans la neurasthénie, ne recevra plus personne. Rosemonde qui n'a jamais aimé la campagne, ne supporte plus cette vie recluse et partira vivre à Paris avec un de ses fils....
Je n'ai pas résisté non plus dans "le fumoir" de Monsieur. Comment une brodeuse pourrait passer sans admirer cette table, à la merveilleuse dentelle sous verre ?
une magnifique pièce que j'aurai plutôt vu dans la chambre de Rosemonde que dans le fumoir...
Dans le fumoir encore, et dans une vitrine.....
"l'habit vert" d'Edmond Rostand élu à l'Académie Française en 1901.
J'aurai pu et sans doute du dire "les habits verts" car ce sont trois tenues d'académicien que renferme cette vitrine : celle d'Edmond Rostand, celle de son fils Jean et une autre dont je devrais rougir d'avoir oublié le nom. Pourtant 3 académiciens dans une même famille, c'est assez rare pour s'en souvenir !
Dans le parc quelques îlots sont prévus pour le repos des visiteurs, ou pour admirer les jardins
Je leur trouve un côté un peu trop moderne. Je préfère ce banc de pierre un peu moussu à l'abri d'un rideau de verdure. J'aime à penser qu'Edmond Rostand ou Rosemonde Gérard se sont assis là pour discuter, pour réfléchir ou pour rêver...
Après son départ pour Paris en 1913 Rosemonde Gérard n'est jamais revenu dans cette maison. Edmond Rostand n'y a pas non plus fini sa vie : "monté" à Paris sans doute pour assister aux répétitions de l'Aiglon qui devait être joué pour marquer la fin de la guerre, il y mourra de la grippe espagnole. Il n'avait que 50 ans....
La villa Arnaga garde les traces de sa courte vie et celles de sa gloire. J'ai pris plaisir à la découvrir et à redécouvrir son illustre habitant.
J'espère que vous avez aussi pris plaisir à m'y accompagner....
à demain !













